La situation des chrétiens d’Irak en octobre 2015, un an après le lancement de la campagne « Espoir Irak »

Rappelons que c’est dans la nuit du 6 au 7 aout 2014 que les réfugiés, chassés par Daech, ont dû quitter, dans la précipitation, leurs maisons. Ils ont mis plus de 10 heures pour rejoindre Erbil ou Dohouk, au Kurdistan irakien, alors qu’en temps normal il faut 40 mn en voiture.

Ils pensaient devoir partir pour quelques jours (comme ils l’avaient déjà fait quelques semaines avant) mais, cette fois-ci, ils n’ont pas pu rentrer. En partant, ils ont tout perdu.

La vie dans les camps

À leur arrivée à Ankawa, le faubourg chrétien d’Erbil, ils se sont abrités comme ils ont pu. Une grande partie a pu être logée dans un centre commercial en construction. L’endroit était insalubre, les enfants et les personnes âgées attrapaient des maladies.

Progressivement, l’aide des ONG internationales a permis de construire des camps de bungalows. Ainsi, 13 000 familles chrétiennes sont installées à Ankawa et à Dohouk. Le plus grand camp (Ankawa 2) compte 1 200 bungalows et accueille plus de 5 000 personnes. Cette aide se poursuit aujourd’hui pour assurer la survie alimentaire, les soins médicaux et permettre la scolarisation des enfants. Chaque bungalow accueille cinq ou six personnes avec, dans le meilleur des cas, des cloisons en tissus ou des parois en plastique permettant de préserver un minimum d’intimité. Tous n’ont pas les sanitaires et l’eau courante.

Dans les camps, la vie s’organise tant que faire ce peut. Des petits commerces ont vu le jour et les services usuels, allant de la distribution du courrier au coiffeur en passant par la production du pain et la réparation mécanique, sont assurés par les habitants des camps eux-mêmes.

Chaque camp est dirigé par un prêtre et une petite équipe qui se répartit les tâches de coordination et d’organisation. Ils passent beaucoup de temps et d’énergie à régler des querelles de voisinage nées de la promiscuité et des difficiles conditions de vie. Dans certains camps, les tensions sont telles que les responsables craignent que la situation dégénère et que des conflits plus graves éclatent.

L ’ organisation de la scolarisation

En Irak, le système éducatif est totalement nationalisé. Il n’y a donc pas, à proprement parler, d’enseignement catholique. Par contre dans les villages ou les quartiers chrétiens, les écoles accueillent exclusivement ou majoritairement des élèves et des professeurs chrétiens.

Comme dans beaucoup de pays au Moyen-Orient, le système éducatif iraquien est organisé d’une manière légèrement différente de ce qui se pratique en France :

  • 6 ans de primaire (de 6 à 12 ans)
  • 3 ans de secondaire (de 12 à 15 ans)
  • 3 ans de préparatoire soit littéraire, soit scientifique (de15 à 18 ans)

Au Kurdistan, l’enseignement se fait en langue kurde, qui n’est pas parlée par les réfugiés.

Très rapidement après leur arrivée à Ankawa, et avant même que les camps soient construits, les familles réfugiées ont demandé de l’aide pour que la scolarisation de leurs enfants soit possible. Leur objectif était de leur permettre de poursuivre les apprentissages et de dépasser le traumatisme de la persécution. Pour ces familles, Les écoles ne doivent pas apparaître comme des centres de réfugiés, mais comme des lieux de vie normale.

Des le départ, les responsables académiques qui étaient réfugiés ont essayé de répertorier et d’enregistrer tous les élèves. Comme ces élèves étaient dispersés, ils ont mobilisé les personnes qui travaillaient dans les écoles avant la fuite. A cette occasion, ils ont découvert que certains de leurs anciens collègues étaient restés dans leurs villages et avaient rejoint Daech. Après ce recensement, ils ont cherché des lieux pour implanter des écoles. Avec l’aide des responsables académiques du Kurdistan, ils ont pu transformer deux bâtiments d’habitation en écoles accueillant jusqu’à 90 élèves par classe. Il n’y avait pas de bureaux, même pas une chaise par élève. C’était les premières écoles. Bien sûr ce n’était ni suffisant, ni adapté. Certaines continuent aujourd’hui dans les mêmes conditions. Avec l’aide des évêques, des congrégations, des ONG et des initiatives privées, les premières écoles en préfabriqué ont pu être construites en 3 mois.

Les professeurs qui sont réfugiés au Kurdistan sont payés chaque mois (si ce n’est qu’il y a un retard de plusieurs mois en ce moment). Ceux qui ont quitté le pays ne touchent plus leur salaire. Ceux qui sont resté avec Daech ne sont pas payés, mais leur salaire est mis de coté dans une banque. Des professeurs à la retraite à ont repris du service pour aider leurs collègues.

À la rentrée 2015, 28 écoles construites en préfabriqué ou aménagées dans divers locaux ont ouvertes à Dohouk et Ankawa. Les cours sont organisés en double vacation. C’est à dire que les mêmes locaux accueillent des élèves le matin et d’autres l’après-midi. il y a plus de 9 000 élèves, de 6 ans à 18 ans, scolarisés à Ankawa

Les écoles construites sont toutes sur le même modèle, constituées de modules préfabriqués reposant sur une dalle de béton et consolidés par une armature métallique. En règle générale, elles sont situées sur des terrains donnés par l’Église ou les autorités kurdes. Elles sont cofinancées par diverses ONG. La mobilisation de l’Enseignement catholique français, l’année dernière, à permis de d’assurer le financement de l’équivalent d’une école.

La suite de la mobilisation

À cette rentrée, il manque trois écoles pour accueillir à peu près correctement tous les élèves, toujours en double vacation. Une partie d’entre eux n’a pas de livres et certains ne vont pas à l’école tous les jours parce qu’ils ne peuvent pas payer le bus.

Il faut donc continuer à se mobiliser pour leur apporter l’aide qui leur permettra d’être scolarisés dans des conditions acceptables. La campagne Espoir-Irak continue et nous comptons sur votre soutien.